Inter vs Barcelone Analyse (3-1)
20 avril 2010 par Erwan Delcourt
Classé dans demi finale
L’Inter de Milan a fait une différence lors de match aller de la ligue des champions 2009-2010 en marquant 3 fois face au FC Barcelone. Sera-t-elle suffisante alors que les catalans ont inscrit le but à l’extérieur, c’est la question.
Ils ont en tout cas fait assez lors de cette rencontre aller pour avoir du cœur à l’ouvrage la semaine prochaine.
Faire assez, en quoi cela consista-t-il ? Cela consista à étaler aux yeux de Tous les faiblesses d’un 442 catalan qui n’est pas encore rodé. Il en a vu des 442 José Mourinho et des 442 d’une autre envergure que l’actuel de Pepe Guardiola. Alors il manœuvra via son 433 (avec un meneur de jeu, Sneijder) de la façon suivante.
Dans un 442 le rôle des deux milieux centraux dans l’élaboration du jeu
(par exemple en ce qu’ils ont un rôle de relais entre la défense et l’attaque) est central. Diminuer l’influence de ces milieux c’est donc « diminuer la menace » du système tout entier. L’inter chercha donc à gêner Xavi et Sergio en coupant les trajectoires de passe (9 ;14 ou en les forçant à décrocher aux niveaux de leur défenseur pour toucher le ballon ; 14 ;16 ;27) vers ces derniers où en empêchant via les joueurs de devant (Eto’o, Pandev, Milito, Sneijder et parfois Motta ou Cambiasso) les défenseurs de trouver ces milieux (14 ;22 ;27 ;37). Au pire ils ralentissaient la transmission vers l’avant. Et il ne s’exposait pas derrière car la défense ne colla pas à ces joueurs évoqués. Le risque nous direz-vous était de voir le Barça utiliser le jeu long (6 ;18 ;27 ;37) vers Ibrahimovic et ainsi d’éliminer 5 joueurs d’un coup mais d’une part les défenseurs étaient sous pression pour faire leur relance (ce qui pouvait en limiter la qualité) et d’autre part ce ne fut pas une solution vraiment mise en place par les catalans. Quand ils jouèrent long, souvent après une longue conservation du ballon derrière cela ressemblait plus à une manière de se débarrasser du ballon qu’à une volonté de trouver quelqu’un devant.
Et dans le jeu court, le Barca ne perça que trop rarement (32) de façon rapide le travail de cette partie de l’équipe adverse.
La lecture des statistiques est trompeuse (généralement c’est un postulat que l’esprit critique recommande), car si Barcelone disposa de plus de 60 % du temps le ballon dans cette première période, ce n’était pas dans l’ensemble dans sa configuration habituelle, c’est à dire dans le camp adverse. Cela eut son rôle dans le manque de rythme des catalans.
Défensivement, quand le Barca passait cette première ligne, l’Inter se regroupait derrière en protégeant l’axe et en cherchant à limiter le jeu sur les cotés adverses par le positionnement de leur latéraux au moment des centres, positionnement sur la trajectoire idéale de ces derniers. Ainsi à plusieurs reprises, Alves fut contraint d’orienter ses centres (effectués depuis la zone des 20 mètres environ) en retrait (plutôt qu’entre la défense et le gardien). N’oublions pas d’évoquer le rôle qui pouvait être« passif » des ailiers de l’Inter (Eto’o et Pandev, des ailiers qui n’hésitèrent pas par ailleurs à se recentrer) qui par leur seul présence posait la menace.
En possession du ballon l’Inter opta pour deux axes de travail : le jeu rapide (2 ;25) et la conservation du ballon dans le camp adverse. Milito joua un rôle important dans ce domaine (6 ;36), Pandev aussi (41), parvenant à plusieurs reprises à conserver le ballon où à obtenir quelque chose alors qu’au départ isolé.
Le Barca offensivement chercha fut réduit à des centres dans l’ensemble sans décalages préalables (1 ;5 ;18 ;25 ;30 ;32 ;34 ;39 ;39 ;40) et à la recherche de la profondeur (13 ;15 ;18 ;22), ajouté aux traditionnels percussions de Messi qui face à une arrière garde regroupée retomba dans ses travers c’est à dire provoquer envers et contre tout. Il allait vivre un calvaire, perdant des duels par chariot (2 ;5 ;24 ;45 ;47 ;55 ;56 ;85), et en étant peu heureux dans ses passes (13 ;81 par exemple).
Le 442 exige aussi, surtout face à un 433 vu l’infériorité numérique au milieu, travail d’un ou deux des attaquants, et replacement des milieux de couloirs. Si le bas blessa dans ce domaine, le résultat ne fut pas la domination via de la possession dans le camp adverse de la part de l’Inter, mais du surnombre, et le premier but illustra ce point.
Alors l’Inter ne réalisa pas le match parfait, il y eut du déchet (mais c’est une contre-partie du jeu rapide, on peut inclure les hors-jeu, 5 dans les 25 premières minutes, dans cette catégorie) et des erreurs. Mais ET c’est un constat bon à marteler, nul besoin de faire le match parfait pour battre le Barca.
Il faut ici aller plus loin en rappelant qu’à vouloir sur-jouer (c’est à dire par exemple tenter des choses dont on n’est pas capable avec régularité) on prend, par définition, un risque important de se prendre les pieds dans le tapis.
L’inter domina cette rencontre. Ils n’en furent pas moins surpris d’entrée par la prise de couloir de Maxwell qui put centrer vers la surface mais Ibrahimovic était trop court (1).
Alves ne disposant pas de solution (l’isolement des milieux centraux) percutait balle au pied depuis son camp. Il était dépossédé du ballon par un intériste au milieu puis Eto’o lançait rapidement Milito ; las pour l’équipe locale l’argentin était hors jeu (9).
Eto’o se recentrait et enroulait du gauche d’environ 18 mètres. Valdes relâchait (ou détournait mais cela entend indiquer que s’emparer du ballon était possible) sur sa droite, mais Milito dans un angle fermé ne pouvait en tirer profit, son tir passant devant le but (16).
Lucio perdait le ballon dans sa tentative de relance. Cela fut une cause indirecte du but. Car celui-ci ne vint pas directement après mais dans un second temps. Barcelone parvint, plus qu’à trouver un latéral en phase offensive coté gauche, à le solliciter lancé. Et cela fit la différence, les imposants gabarits de l’Inter ne pouvant réagir à temps. Maxwell in fine centrait en retrait (le type de centre à éviter comme la peste) après avoir poussé sa course jusque la ligne de corner : Pedro reprenait du gauche, sa frappe croisée faisait mouche : 0-1 (18).
L’inter réagissait : sur coup franc Lucio était trouvé mais il ne cadrait pas sa tête et avait été de toutes façons signalé hors jeu (20).
Pandev dans la surface prolongeait pour Milito couvert coté opposé par Maxwell mais dans un angle fermé il ne trouvait pas le cadre avec sa frappe enroulé coté opposé du droit (26).
L’égalisation vint 3 minutes plus tard : les ajustements (défensifs) ou pas du Barca allaient être mis à l’épreuve. Le ballon passait de gauche à droite, puis Maicon donnait sur sa droite à Eto’o qui centrait en retrait. Milito revint vers son camp pour contrôler le ballon dans la surface et dos au but barcelonais. Pandev vint à ses cotés (embarquant Alves venu aidé ses défenseurs centraux qui se seraient sans cela trouvé en 2 contre 2). Mais si cela coulissa ici, Pedro (c’était logiquement son rôle en tant que milieu droit dans ce 442) ne répondit pas présent pour couvrir Alves, et Milito servit Sneijder sur sa droite (à gauche face au but). Seul le néerlandais n’enroula pas coté opposé mais vers le premier poteau : Valdes avait anticipé la première option et à terre ne put que détourner du pied dans ses buts ce tir du droit : 1-1 (29).
Pedro on le trouvait en phase offensive. Il centrait en retrait après avoir débordé son vis à vis : Alors que le ballon avec sa trajectoire s’éloignait de lui, Cesar s’en emparait devant Ibrahimovic (34), une intervention de classe.
Xavi répondait à l’appel d’Alves dans la profondeur et parvenait à le trouver malgré la présence de joueurs de l’Inter dans la zone : le brésilien centrait mais Lucio dégageait pied opposé (c’est à dire du droit alors que le ballon vient de la gauche) en l’air de façon acrobatique (39).
C’est sur ce score de 1-1 que la mi-temps fut atteinte.
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Un match plaisant Ă suivre, de la vraie ligue de champions, avec une opposition de styles comme on les aime. Partition tactique admirable de l’Inter, avec notamment ce travail que tu exposes de « brise-lames » opĂ©rĂ© par les joueurs les plus offensifs de l’Inter, travail qui d’ailleurs donnait la possibilitĂ© au Barça d’user (malgrĂ© la pression, et avec l’imprĂ©cision qui s’en suit) du jeu long : jeu contre lequel les samuel et autres luccio sont armĂ©s!
Maintenant, il y a le problème de l’absence d’Eto’o. C’est pas avec ce que j’ai vu de Balotelli que ça ira (surtout dans l’attitude). Comment Mourinho va-t-il s’y prendre? Le 4312 il a dĂ©jĂ pratiquĂ©, mais pour ça mieux vaudrait que le barça repasse en 433, qu’en dis tu?
Je crois que le Barca a eu tort de ne pas user tactiquement du jeu long. Car ce n’est pas parce que tu es armĂ© (taille, gabarit) pour faire face Ă ce choix de jeu que tu es forcĂ©ment efficace pour le gĂ©rer collectivement. Je ne ferais pas une comparaison dans cet esprit entre la gestion du jeu long auquel le Barca aurait pu remĂ©dier et la gestion (collective) des centres. Car c’est une chose de s’imposer au duel aĂ©rien (et je ne dirais pas que des duels Ibrahimovic VS Lucio ou Samuel sont du tout cuit en faveur des seconds), c’est autre chose d’orienter la relance en s’imposant et si tu es mis sous pression (outre le duel tu peux avoir le pressing du/des dĂ©fenseur/s sur le jeu long, un Vassel faisait ca Ă merveille, tu ne luttes pas pour le ballon au duel mais pour presser le dĂ©fenseur et gĂŞner sa relance, en le faisant reculer par exemple, que tu rĂ©cupères toi-mĂŞme ou via un partenaire), la tâche peut se compliquer alors que tu es au dĂ©part armĂ© thĂ©oriquement. Et l’Inter en agissant comme il l’avait dĂ©cidĂ© aurait pu ĂŞtre en difficultĂ© face Ă une telle rĂ©ponse.
Le Barca avait confiance en ses dĂ©fenseurs, et on peut dire qu’ils n’ont pas apportĂ© un grand soutien Ă ces derniers quand ils Ă©taient pressĂ©s par la ligne offensive de l’Inter. Cela avait une consĂ©quence, leur prĂ©sence au delĂ de cette dernière et s’ils avaient jouĂ© long ils auraient pu user de ce positionnement (et surnombre) pour ĂŞtre prĂ©sents aux seconds ballons. La prĂ©sence de Messi (autour de Ibrahimovic) a peut-ĂŞtre gĂŞnĂ© dans cette optique, en dissuadant de chercher de façon aĂ©rienne le suĂ©dois.
Pour Eto’o et le retour pour rĂ©sumer, je ne me suis pas encore fait une rĂ©flexion Ă ce sujet.
Et maintenant, as tu réfléchi au match retour et aux options tactiques des 2 camps?
Aaaah Jose, je souhaite que tu donnes encore des migraines à Denoueix et ses collègues!
j’attends les « dernières » nouvelles sur les effectifs des deux Ă©quipes. La prĂ©sentation suivra, demain matin selon toute probabilitĂ©.
Erreur de ma part, Eto’o n’est pas suspendu, il n’Ă©tait pas sous la menace d’un carton ce que j’avais notifiĂ© d’ailleurs dans la prĂ©sentation du match. Mes excuses pour cette faute.