Juppé, piège à cons

8 octobre 2016 par Erwan Delcourt  
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Le raisonnement est d’un sondage biblique: la gauche a peu de chances d’accĂ©der au second tour de la prĂ©sidentielle. L’affrontement devrait donc opposer la droite Ă  l’extrĂŞme droite. L’idĂ©e suprĂŞme pour l’Ă©lecteur de gauche? Se ruer dans les bureaux de vote de la primaire de la droite (et du centre) pour choisir le futur prĂ©sident. Le candidat Ă  soutenir? Alain JuppĂ© pour Ă©viter Nicolas Sarkozy! C’est quand mĂŞme curieux.

Car JuppĂ© est le candidat des primaires qui est donnĂ© comme pouvant obtenir le score le plus important au premier tour de la prĂ©sidentielle. A cotĂ©, Bayrou a clairement dit qu’en cas de victoire de Sarkozy aux primaires il irait (il se prĂ©senterait), Ă©parpillant une fois de plus les voix Ă  droite. D’oĂą le score relativement plus faible attribuĂ© Ă  l’ancien prĂ©sident (2007-2012) dans cette hypothèse. Dans ce contexte, et assumant que Marine le Pen est bien assurĂ©e d’ĂŞtre au second tour (qui l’a dĂ©montrĂ©? qui a Ă©voquĂ© la participation et l’impact qu’elle aurait sur son score final?), l’Ă©lecteur de gauche qui le serait vraiment, et qui serait vraiment prĂŞt Ă  signer un engagement contraire Ă  ses convictions, devrait choisir pour les chances de son camp (de ses idĂ©es?) le candidat qui divise le plus la droite, pas celui qui la rassemblera le plus largement, autrement dit Nicolas Sarkozy plutĂ´t qu’Alain JuppĂ©. Ainsi, une ouverture se prĂ©senterait Ă  un candidat de la gauche. Mais c’est l’inverse qui est expliquĂ© comme choix rationnel. On peut se demander pourquoi? Et si ceux qui le tiennent Ă©taient simplement des gens qui veulent le retour de la vraie droite au pouvoir? Car si la « gĂ´che » a montrĂ© des talents d’imitation indĂ©niable dans ce domaine, rien ne vaut l’original et Alain JuppĂ© a un programme sinon pire, du moins aussi droitier sur le plan Ă©conomique et social que celui de l’Ă©pouvantail…

Y croire… ou pas

12 juin 2016 par Erwan Delcourt  
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Anaphore, figure de style (consistant Ă  rĂ©pĂ©ter successivement le mĂŞme mot ou groupe de mots au dĂ©but de chaque phrase ou membre de phrase dans le but de produire un effet d’insistance ou de symĂ©trie, de souligner une idĂ©e) jadis surtout utilisĂ©e en littĂ©rature (Ă  l’exemple des poètes1), aujourd’hui principalement, au niveau public, le recours de politiciens Ă  la ramasse afin de donner Ă  leur plat message du relief (sic).
Qui se souvient du match d’ouverture en 1998 quand la France eut toutes les peines du monde Ă  battre l’Afrique du Sud?
Qui se souvient de la deuxième rencontre, contre l’Arabie Saoudite excusez du peu, oĂą la France mit plus de 65 minutes pour marquer deux buts face Ă  une Ă©quipe rĂ©duite Ă  10 dans le premier quart du match, supĂ©rioritĂ© numĂ©rique Ă  laquelle Zidane mit un terme, nous y reviendrons.
Qui se souvient, ou a envie de se souvenir du match des coiffeurs (gagnĂ© 2-1 face au Danemark), appellation donnĂ©e aux rencontres oĂą faute d’enjeu une Ă©quipe fait reposer tout ou partie de ses joueurs cadres?
Qui se souvient de l’ennui « mortel » Ă©prouvĂ© lors de France Paraguay auquel seul une règle aujourd’hui disparue mit fin, on veut parler du but en or lors de la prolongation inscrit par Laurent Blanc?
Qui se souvient que la France fit passer l’Italie, l’Italie!, pour une Ă©quipe « entreprenante » en quart de finale, de cette frappe de R.Baggio qui frĂ´lât le poteau de Barthez, de ce Zidane de retour de suspension (Oui Ă  l’Ă©poque on pouvait piĂ©tiner un adversaire et s’en sortir avec 2 matches de suspension) et mĂ©diocre, de cette sĂ©ance de tir au but oĂą les jeunes Trezeguet et Henry furent envoyĂ©s au feu plutĂ´t que d’autres bien plus aguerris?
Qui se souvient en demi-finale des probabilitĂ©s que Lilian Thuram marque deux fois, dont un du gauche, du gauche!, pour sortir la France de l’ornière face Ă  la Croatie?
Qui se souvient enfin des circonstances de la finale contre le BrĂ©sil et de l’imbroglio Ronaldo avant, pendant et depuis le match?
Cette anaphore pour dire que OUI la France fut mĂ©diocre, ennuyeuse et pour rĂ©sumer en dessous de la main, lors du match d’ouverture de l’euro 2016 contre la Roumanie. Mais ces attributs n’ont jamais empĂŞchĂ© une Ă©quipe nationale de gagner in fine (Ă  la fin) une compĂ©tition internationale. Et si vous n’avez pas besoin de motifs, de raisons, d’Ă©lĂ©ments concrets, pour croire en quelque chose… alors croyez… vous ne serez pas les derniers. Ce monde a ceci de paradoxal que ceux qui font appel Ă  leur raison sont affublĂ©s par ceux qui l’Ă©ludent de mĂ©crĂ©ants. Belle Ă©poque2!

  1. exemple avec Rimbaud dans Enfance III:

    « Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrĂŞte et vous fait rougir.
    Il y a une horloge qui ne sonne pas.
    Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
    Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.
    Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.
    Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.
    Il y a enfin, quand l’on a faim et soif, quelqu’un qui vous chasse.« 

  2. Toute ressemblance avec un oxymore serait purement fortuite

Lettre de résiliation à Canal Plus

26 novembre 2015 par Erwan Delcourt  
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Ce jeudi 26 novembre, Canal+ a perdu, au profit du groupe Altice, Ă  compter de la saison 2016-2017 les droits du championnat anglais de football. Ce qui suit est, notamment, une contestation de la politique tarifaire et d’acquisition de droits sportifs de la chaĂ®ne Canal Plus via une « lettre type » de rĂ©siliation. Sentez vous libre de l’utiliser pour votre compte!

Bonjour,

Je vous informe par la suivante de ma dĂ©cision de mettre fin Ă  mon contrat d’abonnement Ă  canal plus Ă  la date anniversaire de celui-ci, c’est Ă  dire le x/y/20zz. Pour vous Ă©conomiser un coup de tĂ©lĂ©phone, mes raisons sont les suivantes:

D’une part un abonnement Ă  un prix indigne quand on considère que vous n’avez cessĂ© de proposer moins de programmes sportifs.

OĂą sont passĂ©s le tennis, le basket (nba ou français) le foot espagnol, allemand et italien, et 99% des rencontres de coupes d’Europe? Pour ce qui est du foot anglais, vous n’aurez plus les droits Ă  compter de 2016. Quant Ă  la ligue 1 vous avez rĂ©duit votre engagement financier par rapport au prĂ©cĂ©dent contrat sans en faire profiter vos abonnĂ©s bien sur! Au contraire, l’abonnement n’a fait qu’augmenter.

D’autre part je dois dire un mot eu Ă©gard à qualitĂ© de la prĂ©sentation de ces programmes sportifs oĂą de prĂ©tendus spĂ©cialistes ne font in fine que faire passer leurs opinions pour parole d’Ă©vangile. C’est un spectacle indigne quand vous n’ajoutez pas en plus la vulgaritĂ© par dessus le marchĂ©. Dugarry, Mathoux, Menes, Pedros, Paganelli, Ithurburu, et j’en passe c’est ça l’esprit Canal?

Cette dĂ©cision est irrĂ©vocable, ayez par consĂ©quent la gentillesse de ne pas me relancer, ceci n’est pas le dĂ©but d’une nĂ©gociation!

Ne vous y trompez pas, vos concurrents ne valent guère mieux à ceci près: ils vendent leur soupe moins chère.

Beinsport ou la grande classe

2 aoĂ»t 2015 par Erwan Delcourt  
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On avait pris connaissance cet été de ces clips narcissiques où les journalistes de la chaîne beinsport pratiquent l’auto-interview : « vous l’avez trouvé comment cette saison de L1 ? », question déclinée sur différents sports et compétitions. Ou  quand ils vont encore plus loin et se jugent eux-mêmes: « Et pourquoi vous l’avez aimée sur Beinsport ?» Vous me direz, on n’est jamais mieux servi que par soi-même… Et on y reviendra. Car c’est là tout le problème.

Et maintenant place au dimanche 2 août 2015. Rafael Nadal affronte en finale du tournoi de Hambourg l’italien Fabio Fognini. Vient le moment de l’interrogation. Et le journaliste Lionel Buton avec le consultant Thierry Champion de dire : « ça serait bien qu’un journaliste l’interroge Rafael Nadal pour lui demander pourquoi il sert plus lentement qu’à l’accoutumé sur ce tournoi de Hambourg, stratégie? problème?etc ».

Là où cela devient pathétique, et tragique pour eux, c’est que :

1- cette question a été posée.

2- une réponse a été apportée par l’espagnol qui a expliqué souffrir d’un problème à l’épaule.

3-cette information était disponible depuis la veille, samedi 1er août 2015, sur le site… beinsport.tv (voir le lien vidéo ICI).

Alors disons les choses ainsi: pour se faire mousser, la collaboration des services est optimale. Par contre pour l’essentiel, c’est-Ă -dire pour ce qui est de leur mission première, informer, elle est nulle. On ne dĂ©finit pas mieux les jean-foutres : « personnes incapables sur lesquels on ne peut compter. »

« C’Ă©tait mieux avant… »

7 septembre 2012 par Erwan Delcourt  
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Il y a une théorie en vogue au sein de la « planète tennis », comprendre parmi des joueurs du circuit et observateurs de ce dernier.

usopenIl y aurait une gĂ©nĂ©ration de malchanceux qui, nĂ©s Ă  la mauvaise Ă©poque c’est-Ă -dire Ă  une oĂą la concurrence les entourant est fĂ©roce, n’auraient pas (ou très peu) accès Ă  des trophĂ©es majeurs dont ils auraient pu s’emparer (ou avec une frĂ©quence tout autre) eussent-ils vĂ©cu dans le passĂ©, c’est-Ă -dire Ă  un moment oĂą il est donc avancĂ© que la concurrence l’était bien moins (fĂ©roce).

Ainsi s’exprimait après sa défaite contre le slovaque Klizan le français Jo-Wilfried Tsonga (voir interview p14 dans le quotidien l’Equipe en date du 31 aout 2012) : « Et quand on joue à la même époque que Federer, Djokovic et Nadal, on est rarement récompensé .»

Ainsi s’exprimait aussi au micro d’Eurosport le journaliste Bertrand Milliard lors du match opposant Tomas Berdych à Roger Federer : « Berdych, 26 ans, qui est l’un des joueurs réguliers qui se retrouvent, ben, qui n’ont pas eu de chance de se retrouver dans cette génération incroyable avec Federer, Nadal, Murray, Djokovic, qui ne sont pas très loin avec Ferrer, Del Potro, Tsonga».

Alors supposons d’une part qu’on puisse évoquer les noms de la génération présente et les présenter de façon d’autant plus avantageuse qu’on ne nomme jamais les joueurs des générations passées avec lesquels on entend très favorablement les comparer.
Supposons d’autre part et dans le prolongement de la supposition précédente qu’un Tsonga aurait fait la fête à un Chang (N°5 à la fin d’une saison 1995 où Sampras devança Andre Agassi pour ce qui concerne la tête du classement), qu’un Berdych se serait amusé d’un Kafelnikov (N°6 à la fin de la saison 1995), qu’un Murray (qui a eu toute les peines du monde à se défaire d’un Lopez lors de l’us open 2012) aurait passé avec succès le test posé par un Ivanisevic (N°10 à la fin de la saison 1995), qu’un Ferrer aurait fait rendre gorge à un Becker (N°4 à la fin de la saison 1995), qu’un Del Potro (même si lui a gagné un grand chelem) aurait bien sur eu raison d’un Courier (N°8 à la fin de la saison 1995) !

Supposons tout cela et vous avec nous si vous ne vous êtes pas étouffés à la lecture des lignes qui précèdent.

Ces suppositions ne sauraient permettre d’évacuer une vérification dont on ne peut en effet se dispenser si l’on ne veut pas faire de l’inconséquence son mot d’ordre.
Les deux joueurs évoqués en début de propos, Jo-Wilfried Tsonga et Tomas Berdych, ont-ils vraiment été victimes de la dite « génération dorée » qui leur fait face? Pour mener cette investigation à terme, nous avons observé leurs résultats dans les tournois du grand chelem et relevé les noms des adversaires qui arrêtèrent leurs parcours.

Que constate-t-on ?

Que Tsonga s’est fait éliminer 8 fois sur 21 par un des 4 adversaires évoqués. Depuis sa finale de l’open d’Australie en 2008 et dans le même esprit, il s’est fait éliminer par eux sur 6 des 15 tournois majeurs qu’il a disputés. Ses 9 défaites contre des adversaires autres que Djokovic, Federer, Nadal ou Murray vinrent suite à des affrontements avec Tommy Robredo, Fernando Verdasco, Juan Martin Del Potro, Ivo Karlovic, Fernando Gonzalez, Mikhail Youzhny, Alexandr Dolgopolov, Stanislas Wawrinka et Kei Nishikori1. Si on réduit l’observation aux seuls 3 qu’il mentionne dans l’interview relaté par l’Equipe (puisqu’il n’évoque pas Murray) ce rapport « défaites contre un des trois » / « nombre de participation » s’élève depuis l’open d’Australie 2008 à 4/15.

Que Berdych s’est fait éliminer sur sa carrière en grand chelem (et avant cet us open) par « un des 4 » à 8 reprises sur 36 tournois. Avec un classement dans le top 25 (soit depuis l’open d’Australie 2006) ce rapport passe à 8 sur 27. Les noms des « 19 » autres adversaires qui lui infligèrent la défaite ? Ernest Gulbis, Juan Martin Del Potro, Janko Tipsarevic, Mardy Fish, Stephane Robert, Michael Llodra (à deux reprises), Robin Soderling, Evgeny Korolev, Fernando Gonzalez, Andy Roddick (à deux reprises), Simone Bolelli, Sam Querrey, Fernando Verdasco, Guillermo Garcia-Lopez, Nikolay Davydenko, James Blake et Gilles Simon2.

De cet examen, il ressort que, même si l’on passait pour argent comptant cette rengaine qu’on aurait actuellement la meilleure génération de joueurs de tennis de tous les temps, il y a une contradiction à vouloir blâmer l’insuccès des uns sur la présence d’autres quand plus d’une fois sur deux ce ne sont pas les seconds qui éliminent les premiers.

Contradiction qui rend nulle la plainte du premier et consternante la position du second. Nulle la plainte du premier car on ne peut pas dire comme le fait Tsonga qu’on est rarement récompensé quand on joue à une période ou tels joueurs sont présents, quand par ailleurs on est si peu souvent capable in fine de parvenir ne serait-ce qu’au stade où on aurait à les rencontrer. Et consternante la position du second car on ne peut pas polluer l’antenne de quiz et autres statistiques sans liens directs (autre que le fait de porter sur le sport dont il est question) avec les matchs à l’antenne comme Bertrand Milliard le fait lors des rencontres qu’il commente et ne pas savoir par ailleurs (ou pire comprendre si jamais il a connaissance des éléments qu’on a exposé) que le joueur qui fit naître sa réflexion n’a pas de raison de se plaindre de son insuccès au seul motif qu’il invoque.

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  1. Les 9 défaites de Tsonga en grand chelem depuis l’open d’Australie 2008 face à des adversaires autres que Federer, Nadal, Djokovic ou Murray :
    US Open 2008 : Tommy Robredo (ESP): 6-7(2), 2-6, 3-6
    Open d’Australie 2009: Fernando Verdasco (ESP): 6-7(2), 6-3, 3-6, 2-6
    Roland Garros 2009: Juan Martin Del Potro (ARG): 1-6, 7-6(5), 1-6, 4-6
    Wimbledon 2009: Ivo Karlovic (CRO) 6-7(5), 7-6(5), 5-7, 6-7(5)
    US Open 2009: Fernando Gonzalez (CHI) 6-3, 3-6, 6-7(3), 4-6
    Roland Garros 2010: Mikhail Youzhny (RUS) 2-6 abandon
    Open d’Australie 2011: Alexandr Dolgopolov (UKR) 6-3, 3-6, 6-3, 1-6, 1-6
    Roland Garros 2011: Stanislas Wawrinka (SUI) 6-4, 7-6(3), 6-7(5), 2-6, 3-6
    Open d’Australie 2012: Kei Nishikori (JAP) 6-2, 2-6, 1-6, 6-3, 3-6.

  2. Les 19 défaites de Tomas Berdych en grand chelem (avec un classement dans les 25 premiers mondiaux) contre des adversaires autres que Federer, Djokovic, Nadal ou Murray :
    Open d’Australie 2006: Gilles Simon (FRA) 3-6, 2-6, 6-4, 2-6
    US Open 2006: James Blake (USA) 4-6, 3-6, 1-6
    Open d’Australie 2007 Nikolay Davydenko (RUS) 7-5, 4-6, 1-6, 6-7(5)
    Roland Garros 2007: Guillermo Garcia-Lopez (ESP) 5-7, 4-6, 4-6
    US Open 2007: Andy Roddick (USA) 6-7(6), 0-2 Abandon
    Roland Garros 2008 Michael Llodra (FRA) 3-6, 6-4, 7-5, 3-6, 4-6
    Wimbledon 2008: Fernando Verdasco (ESP) 4-6, 4-6, 0-6
    US Open 2008: Sam Querrey (USA) 3-6, 1-6, 2-6
    Roland Garros 2009: Simone Bolelli (ITA) 4-6, 4-6, 7-5, 6-4, 3-6
    Wimbledon 2009: Andy Roddick (USA) 6-7(4), 4-6, 3-6
    US Open 2009: Fernando Gonzalez (CHI) 5-7, 4-6, 4-6
    Open d’Australie 2010: Evgeny Korolev (KAZ) 4-6, 4-6, 5-7
    Roland Garros 2010: Robin Soderling (SUE) 3-6, 6-3, 7-5, 3-6, 3-6
    US Open 2010: Michael Llodra (FRA) 6-7(3), 4-6, 4-6
    Roland Garros 2011: Stephane Robert (FRA) 6-3, 6-3, 2-6, 2-6, 7-9
    Wimbledon 2011: Mardy Fish (USA) 6-7(5), 4-6, 4-6
    US Open 2011: Janko Tipsarevic (SER) 4-6, 0-5 Abandon
    Roland Garros 2012: Juan Martin Del Potro (ARG) 6-7(6), 6-1, 3-6, 5-7
    Wimbledon 2012: Ernests Gulbis (LET) 6-7(5), 6-7(4), 6-7(4)

On nous a menti et on mentirait de dire qu’on est surpris

31 aoĂ»t 2012 par Erwan Delcourt  
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On aurait le meilleur de la ligue des champions, Canal + ne l’avait-elle pas annoncĂ© Ă  forts coups de trompettes ? Ce point est incontestable. Cyril Linette, le directeur des sports de la chaĂ®ne cryptĂ©e, ne disait-il pas en effet, dans un interview au quotidien le monde publiĂ© en ligne le 15 dĂ©cembre 2011 : « Si on ne peut plus avoir l’exclusivitĂ© d’une compĂ©tition, il faut absolument qu’on ait, au minimum, le meilleur1.»

Nous voilà pourtant fixé en ce vendredi 31 aout 2012 : lors de la première journée de la phase liguechampionde poule de la ligue des champions 2012-2013, ceux qui ont Canal + auront droit à PSG vs Dynamo Kiev le 18 septembre prochain, pas à Real Madrid vs Manchester City.
Dire qu’on est surpris signifierait qu’on est facilement dupé mais cela (qu’on ne l’est pas, surpris et pas voie de conséquence dupé, ndlr) doit-il nous dispenser de le dénoncer pour autant ?
Ce serait une faute.
La vĂ©ritĂ© c’est, qu’identiquement Ă  TF1 dans le passĂ©, Canal + dispose de ce qui est appelĂ© le premier choix, c’est-Ă -dire qu’elle choisit le match qu’elle diffuse pour ensuite laisser le reste Ă  l’autre diffuseur, comprendre ici Beinsport. Cela ne signifie pas DU TOUT que le premier choix soit l’AFFICHE de la journĂ©e au sens strict.

C’est une situation similaire à la précédente où Canal avait la position de Beinsport et où TF1 avait celle que Canal occupe aujourd’hui. Cela veut dire pour l’avenir que Canal diffusera (comme TF1 en son temps donc) en premier les clubs français tant que l’un d’eux sera en course et ce quelle que soit l’immensité des affiches par ailleurs.

Un exemple passĂ©? Lors des quarts de finale de l’Ă©dition 2009-2010, TF1 avait proposĂ© Lyon vs Bordeaux alors qu’il y avait par ailleurs Arsenal vs Barcelone ou encore Bayern Munich vs Manchester United. Comme l’exemple prĂ©sent (PSG vs Dynamo Kiev plutĂ´t que Real Madrid vs Manchester City) le laisse prĂ©sager les illustrations futures ne manqueront pas tant qu’un club français ne rivalisera pas sportivement avec les plus grands europĂ©ens (et dans l’hypothèse de la phase de poule, et parfois au delĂ , qu’il rencontre dans le mĂŞme temps un adversaire digne de ce nom).

Il ne serait pas fâcheux que dans l’intervalle cesse cette hypocrisie et que plutĂ´t que de trompeter sur le meilleur, Canal se dise chaĂ®ne des clubs français en ligue des champions jusqu’Ă  ce que les meilleurs prennent le relais avec l’Ă©limination de ces derniers. On aura alors droit au meilleur? Rendez vous Ă  ce moment…

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  1. Voici la question et sa réponse dans son intégralité :
    Question : Au vu des audiences peu reluisantes des matches de Ligue des champions, n’est-ce pas finalement une bonne chose de diffuser moins de matches ?
    Cyril Linette : Non, nous ne sommes pas forcĂ©ment satisfaits de ne plus diffuser un certain nombre de matches complĂ©mentaires, il ne faut pas se mentir, mais il faut aussi se poser les bonnes questions dans un contexte fortement concurrentiel. Si on ne peut plus avoir l’exclusivitĂ© d’une compĂ©tition, il faut absolument qu’on ait, au minimum, le meilleur. C’est le cas pour la Ligue 1 depuis plusieurs annĂ©es, et ça va continuer. Nous allons proposer les meilleurs matches, et on racontera leur histoire Ă  nos abonnĂ©s par le biais de grands rendez-vous.

L’entretien que vous auriez pu tout aussi bien lire dans l’Ardennais le 7 juin 2012

8 juin 2012 par Erwan Delcourt  
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Qui n’a pas Ă©tĂ© dans la situation d’une personne interrogĂ©e pendant 25 minutes et qui se dit Ă  la lecture de la retranscription d’un entretien ramenĂ© Ă  ½ page d’un journal au format tabloĂŻd qu’elle peine parfois Ă  reconnaĂ®tre ses rĂ©ponses et parfois mĂŞme les questions qui lui furent posĂ©es quand certaines questions (qu’il jugea utiles) et rĂ©ponses (qu’il estima importantes) ou partie de ces dernières n’ont pas carrĂ©ment disparues?

Impossible de répondre (à cette question) mais combien de ces personnes ont la chance de disposer d’une possibilité de suite comme c’est mon cas avec ce blog ? Car demander un droit de réponse au journaliste est hors de propos.

D’une part parce que l’exercice est difficile. La personne en question doit prendre en note ce que vous lui dites (sa tâche se complique encore si elle n’utilise pas de dictaphone), tout en pensant ce faisant Ă  la façon de poursuivre l’entretien, de relancer son interlocuteur et des futurs questions Ă  poser, puis elle doit faire de tout cela un ensemble qui lui semble cohĂ©rent dans un espace, on l’a dit, rĂ©duit.

D’autre part parce que douterait-on ou pas de la bonne foi du journaliste en question (et pour ma part ce n’est pas le cas), comment prouver (au point d’obtenir une correction) que tel oubli est majeur, que telle prise de note fut malheureusement incorrecte  et donc la retranscription qui s’en suivit. Si cela ne change pas nĂ©cessairement le sens (mais peut le rendre moins simple Ă  saisir), il ne m’a pas semblĂ© inutile de tenter d’y remĂ©dier ici pour ce qui se veut une prĂ©cision, un complĂ©ment circonstanciĂ© du propos.

L’exercice auquel je me suis livrĂ© ci-dessous, c’est la rĂ©alisation d’après mes souvenirs de « l’entretien que vous auriez pu tout aussi bien lire dans l’Ardennais le 7 juin 2012 » puisque c’est d’un entretien au journal l’Ardennais (accordĂ© au journaliste Cedric Goure) dont il s’agit ici suite Ă  la parution de l’ouvrage intitulĂ© « La lĂ©gende de Roger Federer » que Florian Massemin et moi-mĂŞme avons co-Ă©crit. Ouvrage par ailleurs disponible sur, et par exemple,  amazon.fr, fnac.com ou encore dans votre librairie.

« Présenter les faits sans les travestir »



Question: Erwan comment est nĂ©e l’idĂ©e d’un ouvrage sur Roger Federer?

J’ai rencontrĂ© Florian Massemin au cours de mes Ă©tudes supĂ©rieures Ă  Reims. Nous sommes passionnĂ©s de sport et notamment de tennis. On a constatĂ© une distorsion entre ce qu’on observait et ce que pouvait en raconter la presse Ă©crite et audiovisuelle.

Q: Vous dites aussi (en préface) qu’il y a eu un moment clef dans la détermination de votre part à la rédaction de cet ouvrage.

Oui, Emile Zola a dit dans le docteur Pascal: « on inventerait les choses qu’elles seraient moins belles ». L’utilisation du mot légende par la presse au moment de son titre à Roland Garros en 2009 nous a semblé révélatrice. D’où l’idée d’un livre reprenant ce mot avec un développement en 2 temps : ce qui se dit de lui et pourquoi cela ne se vérifie pas et un second pour aborder qui il est vraiment et pourquoi ce n’est pas cette image qui est relayée.

« ExagĂ©rer ne rend pas service »

Q:Pourquoi ne mérite-t-il pas ce statut de légende?

On ne dit pas qu’il le mĂ©rite ou pas. Simplement que faire de quelqu’un une lĂ©gende c’est faire de cette personne une reprĂ©sentation fausse. ExagĂ©rer ne rend pas service. Mais on ne dit pas qu’il n’est pas un grand joueur.
Une LĂ©gende de Rafael Nadal laisserait ainsi penser qu’il n’utilise que sa force, sans technique. En rĂ©alitĂ©, c’est un joueur qui commet très peu de fautes directes.

Q: Vous revendiquez le fait d’aller à contre-courant ?

Oui, on est Ă  contre-courant de ce qu’on peut entendre sur lui. Si notre ressenti s’Ă©tait rĂ©vĂ©lĂ© conforme Ă  ce qui se dit sur Federer, notre propos aurait Ă©tĂ© plus aseptisĂ©. Mais on n’a pas fait ce travail uniquement pour se dĂ©marquer. Et si l’examen des faits avait infirmĂ© ce qu’on pensait avoir observĂ©, on n’aurait pas fait ce livre.

Q:Le parti pris dans la critique de la presse est parfaitement assumé…

La critique exercĂ©e Ă  l’égard des journalistes est Ă  la hauteur de l’espĂ©rance qu’on a pour cette profession. On ne remet pas en cause le journalisme, on critique le travail effectuĂ© par les journalistes. La devise de l’ENA1 c’est « servir l’Etat sans s’en asservir ». Si on devait faire la devise du journalisme ce serait d’abord : « prĂ©senter les faits sans les travestir ». A la fac, on prĂ©sente la presse comme le 4ème pouvoir. La presse est un outil pour les gens dans la construction de leurs opinions. Si les faits prĂ©sentĂ©s ne sont pas conformes Ă  la vĂ©ritĂ©, ça soulève une interrogation sur la valeur de l’opinion. En ce moment je suis frappĂ© par l’utilisation du mot « incroyable » Ă  Roland Garros. Il y a une exagĂ©ration dans l’exceptionnel et le mĂ©diocre.

Q:Un manque de nuance ?

Oui, on a parfois l’impression qu’elle dĂ©veloppe un raisonnement simpliste et qu’elle manque de nuance. Dans le deuxième chapitre du livre, on relativise par exemple le modèle que peut reprĂ©senter Federer.

« Un gros travail de dĂ©finition, pas pour vulgariser, pour dĂ©mocratiser »

Q:Comment avez vous réussi à démontrer que le style de Roger Federer avait totalement changé à partir de 2003 ?

On a effectuĂ© un travail d’argumentation et de comparaison. On a visionnĂ© des matches pendant 2 mois, assimilĂ© beaucoup de donnĂ©es, la rĂ©daction a pris 6 mois. Son changement de jeu est un point qui a suscitĂ© l’interrogation. Y a-t-il eu 2 Federer ? Et une diffĂ©rence entre le Federer qui s’est rĂ©vĂ©lĂ© en 2001 en battant Sampras en 8èmes de finale Ă  Wimbledon et celui qui a battu tous les records. Et il y avait aussi comme interrogation l’évolution de son bilan avec Tim Henman, un adversaire qu’il ne battait jamais et contre qui Ă  partir d’un moment  il n’a plus jamais perdu. Et bien on s’est rendu compte que fin 2003, au tournoi de Paris Bercy, il monta au filet 75 % du temps dans sa dĂ©faite face au britannique. Trois mois plus tard, il n’est montĂ© au filet qu’une seule fois contre Henman Ă  Indian Wells. Mais si la transition a Ă©tĂ© possible (avec un tel succès) c’est qu’il n’a jamais Ă©tĂ© qu’un attaquant comme Llodra ou Mahut par exemple.

Q:Votre style s’avère très didactique…

On est universitaire, on n’a pas Ă©crit un roman. On a effectuĂ© un gros travail de dĂ©finition. Non pas pour vulgariser, mais pour dĂ©mocratiser. On souhaitait un livre accessible avec la volontĂ© de montrer qu’on peut parler de sport et Ă©voquer d’autres sujets, comme le quantitativisme, les sondages d’opinion ou la tolĂ©rance, avec des rĂ©fĂ©rences Ă  Durkheim, Levi-Strauss ou encore Arendt. On a utilisĂ© notre bagage universitaire. Si les gens ont envie d’approfondir certaines notions, cet ouvrage sera une rĂ©ussite.

Q:Avez vous rencontré Roger Federer?

Non, ça n’aurait pas changĂ© grand chose… Mon ami a donnĂ© un interview dans le Nord oĂą le journaliste a traduit de nos propos visant Ă  dire que Federer n’était pas un modèle en matière de fair-play, de combativité  qu’il n’était pas fair-play, pas combatif, et que de toutes les façons on ne pouvait nier que c’Ă©tait une lĂ©gende… Dans la deuxième partie du livre on salue son intelligence, est-ce ĂŞtre critique que de faire cela ?

Q:Ne croyez-vous pas que dans 20 ans les gens ne se rappelleront que des titres qu’il aura gagnés ?

C’est probable, mais doit on le considĂ©rer comme le plus grand joueur de l’histoire parce qu’il est le plus titrĂ©? On conclut d’ailleurs sur cette citation de Hannah Arendt: « La libertĂ© d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mĂŞmes qui font l’objet du dĂ©bat ». Les gens retiennent le quantitatif sans se souvenir du contenu.

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  1. ENA pour École nationale d’administration.

Les guignols de l’info « et » Rafael Nadal: si c’Ă©tait de la caricature ce ne serait pas indigne!

17 fĂ©vrier 2012 par Erwan Delcourt  
Classé dans Humeurs

Il y a 3 mots-clefs dans le titre de cet article: indigne, caricature et si.

espagnedrapeauHannah Arendt l’a dit 1: « La libertĂ© d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mĂŞmes qui sont l’objet du dĂ©bat. »
Vous nous direz, quel rapport avec les guignols de l’info dont  « tout le monde sait », formidable formule, d’après son producteur Yves le Rolland2 « qu’ils font de la caricature ».
Rappelons quelques faits ici: le 6 fĂ©vrier 2012 on voyait Nadal faire le plein de sa voiture en urinant dans le rĂ©servoir. Le 8 fĂ©vrier 2012 Nadal, parmi d’autres sportifs espagnols, signait une pĂ©tition de soutien Ă  Contador avec une seringue. PPDA3 Ă©nonçait la morale: « La seule chose qui ne soit pas dopĂ©e en Espagne, c’est l’Ă©conomie ».
Or, qu’est-ce qu’une caricature? C’est une « reproduction par le dessin, la peinture, d’une personne ou d’une chose, avec une intention satirique ou humoristique », c’est une « dĂ©formation grotesque et outrĂ©e de certains dĂ©fauts ».
Reproduction, dĂ©formation, s’il existe un point commun dans ces deux termes c’est que dans tous les cas une caricature pour en ĂŞtre une doit partir de la vĂ©ritĂ©. Ensuite en grossissant le trait est ambitionnĂ© l’humour, la dĂ©rision.
Pour reprendre leur formule, personne ne saurait contester cette définition.
Ceci posĂ©, la question est la suivante: Y-a-t-il un Ă©lĂ©ment factuel tendant Ă  dĂ©montrer que Rafael Nadal soit un sportif dopĂ©? Que dites-vous? Ah, mais il est espagnol! Mais alors il ne s’agit plus de fait mais d’un dĂ©lit de sale gueule. Suivez plutĂ´t: il serait justifiĂ© de le taxer d’un acte dĂ©lictueux, pour ensuite faire rire, de par son origine? Placez ce raisonnement dans n’importe quelle autre situation et vous verrez qu’il est humainement insoutenable. Un exemple?

Les dĂ©linquants le seraient parce qu’ils sont de telle ou telle couleur de peau (Eric Zemour a Ă©tĂ© condamnĂ© pour provocation Ă  la haine raciale pour avoir opĂ©rĂ© tel rapprochement).
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De ce qui prĂ©cède il ressort la chose suivante: les guignols de l’info n’ont pas « dans le cas de Rafael Nadal » fait de la caricature. Ils ont fait du dĂ©lit de sale gueule, dit autrement de la discrimination c’est Ă  dire « le fait de sĂ©parer un groupe social des autres en le traitant plus mal ».
Ainsi, ils ont fait preuve d’indignitĂ© (d’indigne: « mĂ©prisable; qui dĂ©shonore ») envers ceux qui font rĂ©ellement de la caricature. En sont-ils Ă  leur coup d’essai? Nous n’avons pas la connaissance historique pour faire une rĂ©ponse sur une aussi longue pĂ©riode. Ce qu’on peut dire par contre c’est qu’on a un souvenir d’une autre prise en flagrant dĂ©lit de discrimination. C’Ă©tait en Novembre 2011 quand ils prĂ©sentèrent Jean-Luc MĂ©lenchon en ivrogne. Or, Jean-Luc MĂ©lenchon (cliquez ICI pour un lien complet, sinon vous pouvez lire l’extrait en question dans la note de bas de page indiquĂ©e ci-après) ne boit d’aucun alcool 4.
Il n’y a pas de quoi ĂŞtre fier d’insulter sa profession. En ce qui concerne contre-attaque.fr, nous ne regarderons plus l’Ă©mission en question tant que la rĂ©sonance de leurs excuses publiques ne nous sera pas parvenue.
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  1. Source: la crise de la culture. Édition Folio. Collection Folio essais. Édition 2005, page 303
  2. Source:Page 2 de l’Equipe du 17 FĂ©vrier 2012
  3. pour Patrick Poivre d’Arvor
  4. Jean Luc MĂ©lenchon: « Comme je ne bois aucun alcool, c’est donc une invention davantage qu’une caricature. »

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